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Au centre Lung du Clos-Salembier, il nous semblait que la musique était partout. Du bar de la piscine nous parvenaient parfois des airs à la mode que les enfants connaissaient : le "Mambo Bacan " de Sophia Loren, " Rico Vacilon ", le " Mambo n°5 " de Perez Prado. Les enfants adoraient le mambo. Nous chantions ensemble.

Un jour, l'un d'eux, le petit Serror, s'exclama : " Mon papa, il est musicien ! - Musicien ? Et il joue des mambos ?- Oui. Mon papa s'appelle Lucien, mais on l'appelle Lucky Starway. "

Le 5 juin 1957, Lucky Starway, alors qu'il jouait avec son orchestre au casino de la Corniche, nous a été enlevé tragiquement. Puis-je dire aux enfants Serror que je pense encore à eux ?

Un groupe d'animateurs avec des enfants.
Nous formions au Clos-Salembier une sorte de très grande famille.

 

Et puis un jour nous avons senti glisser l'Algérie française toute entière, sans très bien comprendre ce qui nous arrivait. Notre bonne directrice, madame Auriacombe a dû prendre avec elle, pour guider et orienter le centre aéré, une certaine madame Parko. La raison officielle de l'embauche de cette directrice adjointe, qui en fait dirigeait tout, cette raison était politique.

Madame Parko était une grande sympathisante du F.L.N. (sans l'avouer, bien sûr) et elle a engagé pour les étés 1956 et 1957 beaucoup d'autochtones. Très, très vite, madame Auriacombe est devenue purement représentative. Déjà, la gangrène s'installait.
Le 1er juillet, la stupeur des moniteurs français a été totale. Nous n'étions plus chez nous. Instinctivement nous avons essayé de nous regrouper entre Européens. Peine perdue.
"Mais non, mais non, mélangez-vous, mélangez-vous !" criait madame Parko.

Regardons cette photo qui date de 1956 ou 1957. Nous nous sommes bien " mélangés " selon le vœu de madame Parko, mais pas pour longtemps : cinq ans.

 

Cinq ans que je n'ai pas connus au centre de la Croix-Rouge puisque je suis parti faire mon service militaire, un service qui durait 27 mois. Je n'ai plus jamais revu mon cher centre aéré et, un jour, le drapeau vert et blanc a flotté sur le Clos-Salembier.

Puis-je noter ceci ? Les enfants musulmans du centre Lung de la Croix-Rouge des années 50 savent aujourd'hui qu'il n'y a jamais eu de ségrégation de la part des moniteurs ou de la directrice. Au contraire, nous avons toujours veillé à garder une pleine égalité entre tous nos chers mioches.

Nous avons été parfaitement heureux au Clos-Salembier, le Clos-Salembier devenu El-Madania. Parfois, dans mes nuits sans sommeil, je revois le centre et je m'interroge. Le centre Lung, oui le centre Lung de la Croix-Rouge, qu'est-il donc devenu ?

 

Accueille-t-il toujours des enfants comme autrefois ? Et les Mohamed, Kader, Fatouma, Aïcha, qui ont aujourd'hui la cinquantaine ou la soixantaine, se souviennent-ils du Centre aéré et de leurs moniteurs? Ressentent-ils comme nous un peu de nostalgie ?

 

Ont-ils parfois les yeux brillants de ceux qui retournent vers les bons souvenirs ? Je ne me fais pas d'illusions, peu d'entre eux consulteront ce site. La Méditerranée ne traverse plus la France.
Non, nous ne referons pas l'Histoire, ni eux ni nous.

                   

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